Pour la France, huit valeurs coexistent, toutes sourcées, toutes défendables : de 17,1 à 51,9 gCO₂e/kWh, soit un rapport de 3,0 entre la plus basse et la plus haute. Aucune n'est fausse, elles ne répondent simplement pas à la même question.
Trois décisions fixent le choix : le périmètre géographique (production ou consommation), le périmètre de cycle de vie (combustion seule ou analyse complète), la nature du facteur (moyen ou marginal). Cochez les trois cases, une seule valeur reste.
Les huit chiffres français, et ce qui les sépare
| Source | Valeur | Année | Périmètre géographique | Périmètre cycle de vie |
|---|---|---|---|---|
| AIB, mix résiduel | 17,1 | 2025 | résiduel après retrait des garanties d'origine | CO₂ direct seul |
| RTE | 19,6 | 2025 | production | combustion |
| RTE | 20,0 | 2025 | consommation | combustion |
| RTE | 29,0 | 2025 | production | ACV |
| Electricity Maps | 29,6 | 2025 | production | ACV |
| Electricity Maps | 32,0 | 2025 | consommation, flux tracés | ACV |
| Ember | 41,4 | 2025 | production | ACV |
| ADEME Base Carbone | 51,9 | 2024, lissé 2021-2024 | consommation | ACV |
Les écarts s'expliquent un par un. La distinction entre les deux conventions comptables fait l'objet du chapitre suivant.
De 19,6 à 29,0 chez RTE, on ajoute l'amont : construire les centrales, extraire le combustible, fabriquer les panneaux. Le nucléaire passe à 7 g, le photovoltaïque à 43 g, l'éolien terrestre à 16 g.
L'écart entre RTE et Ember, de 29,0 à 41,4, vient des facteurs de filière, malgré un périmètre déclaré identique. Ember applique des valeurs génériques issues de l'IPCC AR5 et de l'UNECE, RTE applique des valeurs françaises. L'hydraulique passe de 6 g chez RTE à 24 g chez Ember, la bioénergie à 230 g.
Chez Electricity Maps, le passage de 29,6 à 32,0 vient du traçage des flux : la France a exporté 99,63 TWh et importé 10,03 TWh en 2025, et l'électricité importée n'a pas le mix français.
Le 51,9 de l'ADEME est un lissage sur quatre ans qui inclut encore 2022, année de faible disponibilité nucléaire. Ce lissage fait apparaître les baisses avec plusieurs années de retard.
Le 17,1 de l'AIB, enfin, est un mix résiduel : ce qui reste une fois les garanties d'origine retirées et attribuées à ceux qui les ont achetées. Il est bas parce que 85,83 % de ce résidu français est nucléaire, et parce qu'il ne compte que le CO₂ direct.
Un facteur en combustion seule ne compte que le CO₂ émis en brûlant le combustible. Un facteur en ACV ajoute l'amont : construction de la centrale, extraction et transport du combustible, fabrication des équipements, démantèlement.
Sur un mix très nucléarisé, l'écart est massif en valeur relative, puisque la combustion du nucléaire est nulle mais sa construction ne l'est pas. En France, passer de la combustion à l'ACV fait monter le facteur de 19,6 à 29,0 g, soit +48 %. Sur un mix charbonnier, l'écart relatif est bien plus faible.
Ce qu'impose la loi, ce que vous choisissez
Pour un bilan réglementaire français, pas de débat : le facteur ADEME est obligatoire au titre de l'article L229-25 du code de l'environnement, même s'il est le plus élevé et le moins à jour du tableau. La valeur de référence est 0,0519 kgCO₂e/kWh, année de référence 2024, créée le 24 avril 2025, avec une incertitude déclarée de 10 %. L'année 2025 n'existait toujours pas au 9 septembre 2026.
Pour comparer des localisations, le facteur ADEME est en revanche inutilisable : il ne couvre qu'une zone. Il faut alors Electricity Maps ou Ember, et s'y tenir sur tous les pays comparés. Mélanger ADEME pour la France et Ember pour la Pologne crée un écart artificiel.
| Zone | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Suède | 34,89 | 35,34 |
| France | 40,46 | 41,44 |
| UE | 211,82 | 210,13 |
| Irlande | 270,77 | 263,30 |
| Chili | 260,92 | 290,60 |
| Allemagne | 339,87 | 334,12 |
| États-Unis | 383,81 | 384,40 |
| Monde | 471,91 | 459,03 |
| Singapour | 498,68 | 497,05 |
| Pologne | 608,47 | 590,89 |
| Inde | 707,10 | 671,41 |
Source : Ember, production, ACV complète incluant le méthane amont et la fabrication, en gCO₂e/kWh.
L'écart France contre Pologne vaut 14 fois chez Ember et 21 fois chez Electricity Maps en flux tracés. Cet ordre de grandeur reste stable quelle que soit la méthode, ce qui est rare. C'est celui à utiliser en clientèle.
Le piège de maille aux États-Unis
La seule source officielle américaine reste l'EPA eGRID2023, en combustion seule, donc structurellement basse par rapport à Ember ou Electricity Maps sur les mêmes zones.
| Sous-région eGRID | gCO₂e/kWh |
|---|---|
| NYUP, New York Nord | 110,1 |
| CAMX, Californie | 195,0 |
| SRVC, Virginie et Caroline | 270,5 |
| RFCE, PJM Est | 271,8 |
| NWPP, Oregon | 288,2 |
| ERCT, Texas | 334,1 |
| RFCW, PJM Ouest | 415,5 |
| MROW, Iowa et MISO Nord | 420,3 |
| Moyenne américaine | 349,7 |
Un client qui déclare « nos serveurs sont dans PJM » ne vous a pas donné la maille du facteur. PJM contient RFCE à 271,8 et RFCW à 415,5, soit un facteur 1,5 d'incertitude interne selon l'endroit exact. Les facteurs au niveau du gestionnaire de réseau ne figurent pas dans eGRID : il faut aller chercher les rapports d'émissions de PJM et de MISO, ou filtrer le Clean Air Markets Program de l'EPA par autorité de dispatch.
Moyen ou marginal : ce que dit le GHG Protocol
La distinction n'est pas académique pour un data center, parce que le GHG Protocol pose lui-même la règle d'usage dans sa consultation Consequential Electricity-Sector Emissions Impacts d'octobre 2025.
L'operating margin est la moyenne d'émission des centrales appelées en marge du dispatch, hors sources à bas coût qui tournent en base. Côté build margin, on prend la moyenne des 20 % de capacité la plus récemment installée, renouvelable comprise.
Le GHG Protocol réserve l'operating margin aux variations de demande « discrètes, temporaires et petites », et le build margin aux variations « permanentes et grandes ». Un data center IA de plusieurs centaines de mégawatts entre dans la seconde catégorie, donc dans le build margin.
La seule base nationale qui publie les trois valeurs est la CEA indienne, version 21.0 de décembre 2025, exercice 2024-25, en tCO₂/MWh :
| Moyenne pondérée | Operating margin | Build margin | Combined margin |
|---|---|---|---|
| 0,710 | 0,961 | 0,512 | 0,736 |
Facteur 1,9 entre operating et build margin. Et le sens de l'écart mérite attention : dans un pays qui installe massivement du renouvelable, le build margin est plus bas que l'operating margin.
Question
Un client héberge sa charge IA chez un fournisseur qui déclare simplement « région PJM, États-Unis ». Quel facteur retenez-vous ?
Choisissez une réponse pour voir l'explication.
Il n'existe aucun facteur d'émission pour une requête d'IA
Vérification faite sur le jeu de données base-carboner de l'ADEME via l'API data.gouv : aucun poste « IA générative », « requête LLM » ou « token » n'existe. Les postes électricité sont présents et à jour jusqu'à l'année de référence 2024. Les seuls facteurs matériels proches sont un poste « Serveurs informatiques » à 600 kgCO₂e par appareil, dont la date de modification remonte à 2014.
Les bases DEFRA/DESNZ britannique, l'EPA GHG Emission Factors Hub et ecoinvent n'ont pas été consultés dans le cadre de ce travail : leur existence en édition 2025 est confirmée indirectement, leur contenu non.
Conséquence pratique : calculer l'empreinte d'un usage d'IA à partir de la seule Base Carbone impose de reconstruire une consommation en kWh, puis de la multiplier par le facteur électricité du pays d'hébergement. Il n'existe aucun raccourci officiel français, et les seuls chiffres par requête disponibles sont des auto-déclarations de fournisseurs aux unités fonctionnelles incompatibles entre elles.
Ce qu'il faut retenir
Trois questions règlent le choix, dans cet ordre.
- Le bilan est-il réglementaire ? Le facteur ADEME s'impose alors, quelle que soit son ancienneté.
- S'agit-il de comparer des localisations ? Prenez une base unique et tenez-vous-y sur tous les pays.
- La charge ajoute-t-elle une demande permanente et massive au réseau ? La typologie du GHG Protocol renvoie au build margin.
Et une règle de rédaction qui vaut pour tout le reste du cours : un facteur d'émission cité sans son année, sa source et son périmètre reste un nombre invérifiable.
FAQ
Quel facteur d'émission électrique utiliser pour la France ?
Pour un bilan réglementaire français, le facteur ADEME Base Carbone s'impose au titre de l'article L229-25 du code de l'environnement : 0,0519 kgCO₂e/kWh en année de référence 2024, lissé sur 2021-2024, avec une incertitude déclarée de 10 %. Pour comparer plusieurs pays, il devient inutilisable puisqu'il ne couvre qu'une zone, et il faut basculer sur Ember ou Electricity Maps de façon homogène.
Pourquoi trouve-t-on des facteurs si différents pour un même pays ?
Parce que trois choix indépendants les séparent : le périmètre géographique, selon qu'on compte l'électricité produite ou l'électricité consommée avec les imports, le périmètre de cycle de vie, selon qu'on compte la seule combustion ou aussi la construction et l'amont du combustible, et les facteurs de filière retenus. Pour la France en 2025, ces combinaisons produisent huit valeurs officielles allant de 17,1 à 51,9 gCO₂e/kWh.
Faut-il utiliser un facteur moyen ou un facteur marginal pour un data center ?
Le GHG Protocol réserve l'operating margin aux variations de demande discrètes, temporaires et petites, et le build margin aux variations permanentes et grandes. Un data center de plusieurs centaines de mégawatts entre dans la seconde catégorie. En Inde, seule base publiant les trois valeurs, l'écart entre operating margin et build margin atteint un facteur 1,9, et le build margin est le plus bas des deux.
Quel est l'écart d'empreinte entre héberger en France et en Pologne ?
Un facteur 14 selon Ember en production et analyse de cycle de vie complète, soit 41,4 contre 590,9 gCO₂e/kWh en 2025, et un facteur 21 selon Electricity Maps en flux tracés. Cet ordre de grandeur reste stable quelle que soit la base de données, ce qui est rare dans le domaine, et en fait un argument solide sur le choix de région d'hébergement.
Existe-t-il un facteur d'émission officiel pour une requête d'intelligence artificielle ?
Non. La Base Carbone de l'ADEME ne contient aucun poste pour l'IA générative, les requêtes LLM ou les tokens, vérification faite en septembre 2026. Les seuls chiffres publics sont des auto-déclarations de fournisseurs sur des unités fonctionnelles incompatibles, comme le prompt médian de Google et la réponse de 400 tokens de Mistral. Le calcul passe donc obligatoirement par une reconstruction en kWh.